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L’air du temps présent
JEAN PAUL LEBESSON, CINEASTE

STANISLAS RODANSKI/PROJECTION DU FILM HORIZON PERDU SUR 2 ECRANS
Projection d’un film de Jean-Paul Lebesson réalisé en 1980 d’après un bris-collage de Bernard Cadoux et Jean-Paul Lebesson sur une fabulation de STANISLAS RODANSKI.
" Légende magnétique, mémoire par défaut d’une fabulation panique. Un espace, vide que la perte
d’horizon plonge dans une réfraction infinie. Un personnage hante ce décor gigogne et cherche à dire ses guerres intestines. La vallée disparue de Shangri-là, les camps de la mort lente : double face de cette folie qui l’emporte. Ravissement et Terreur. Mais la fiction ne prend pas et la représentation impossible de son drame intérieur le livre à la répétition sans fin. La tragédie n’a pas eu lieu, faute de lieu. Horizon Perdu,ou la scène introuvable."

Stanislas RODANSKI
S.R. est né en 1927 à Lyon. A dix sept ans, son journal s'ouvre par une citation d'Amiel : "Il semble que le feu ait pris aux poudres..." A Lyon, à Mannheim où il est interné dans un camp nazi en 1944, à Megève où il séjourne à de nombreuses reprises, il tente vainement de faire gagner son désir de gloire et de pureté sur la conscience de l'absurde et l'attirance du désespoir qui l'étreignent. A la Libération, il habite Lyon, dans un atelier familial qui surplombe toute la ville. Mais l’atmosphère bourgeoise et commerçante qui domine étouffe ses aspirations de jeune poète. Il monte à Paris, fréquente l’atelier du peintre Victor Brauner et devient membre du Mouvement Surréaliste en 1948. Ce surréalisme incarné par André Breton est alors pour lui la ressource de l'esprit et son unique espoir. Un espoir vite déçu pour Rodanski qui, avec ses amis Sarane Alexandrian et Alain Jouffroy, s’en trouve brusquement écarté moins d’un an après, au moment de l'exclusion de Victor Brauner. Rupture sensible et violente qui accélère l'affaiblissement de ses moyens de défense mentale, déjà éprouvés par toutes sortes d’expériences limites et de « stupéfiants » et l'entraîne progressivement vers l'abandon. Au début 1949, Rodanski est arrêté et hospitalisé une première fois à l’hôpital psychiatrique de Perray-Vaucluse. Puis ce sera dans une clinique de Saint Cyr au Mont d’or et encore à Villejuif, en 1952. La voix de Rodanski à vingt ans se perd !
En 1954, à 27 ans il disparaît sans laisser aucune trace. Empruntant souvent de faux noms, multipliant les domiciles, entretenant des relations épisodiques Rodanski n’aura jamais eu non plus le soucis de publier ses textes. Ce n’est qu’en 1975, lorsque le Soleil Noir publie trois textes étincelants dans « La Victoire à l’Ombre des Ailes » magnifiquement préfacé par Julien Gracq qu’il se fait enfin connaître public. L’on découvre alors qu’il est interné dans un hôpital
psychiatrique lyonnais où il restera jusqu'à sa mort, le 23 juillet 1981.
Principales publications :
La victoire a l’ombre des ailes, Ed. Le Soleil Noir, 1975
Des proies aux chimeres, Ed. Plasma, 1983
Horizon Perdu, Ed. Comp’act, 1986
Spectr’Acteur, Ed. Deleatur, 1986
La Montgolfiere du Deluge, Ed. Deleatur, 1991
Journal 1944—1948, Ed. Deleatur, 1992
Ecrits, Ed. Ch. Bourgois, 1999
Stanislas Rodanski, par Alain Jouffroy, Ed. J.M.Place/poésie, 2002
Requiem for me, éditions des Cendres, 2009

HORIZON PERDU
Commencé en 1976, ce film n’était pas destiné au départ à avoir une forme ni une durée précise. Réalisé avec la complicité de Bernard Cadoux, il se construisait et parfois se défaisait au fur et à mesure des rencontres avec Stanislas Rodanski dans un hôpital psychiatrique où il était alors interné. Entre 1977 et 1980 les entretiens avec le poète deviennent réguliers.
Le film connu deux versions. Une première conçue pour deux écrans de projection ne fut représentée qu’une seule fois en 1979. Un an plus tard Stanislas Rodanski meurt. La voix se tait et le film improbable se fixe alors dans un nouveau montage pour un seul écran intitulé HORIZON PERDU en référence à l’un des thèmes chers à S.R. « le tueur d’images ».
Trente ans plus tard, comme pour renouer avec l’expanded cinéma qui a marqué ses débuts, Jean-Paul Lebesson présente ici la version initiale sans titre sur deux écrans et s’amuse, avec avec la complicité cette fois de Philippe Blanchard à en expanser aussi le son qui sera projeté avec l’acousmonium du Studio Forum.

Jean-Paul LEBESSON
Cinéaste et vidéaste. Il a réalisé plusieurs essais et films de recherche en cinéma, des dispositifs sonores et vidéo multi-écrans, ainsi que des films documentaires et des programmes de création pour la télévision.Il a enseigné le cinéma et la vidéo à l’Université Lyon2, à l’Institut Lumière et à l’école supérieure d’art d’annecy.
Il vit et travaille à Lyon.