EDITORIAL DE L’EDITION 2010 « L’AIR DU TEMPS PRESENT »
Le constat est sévère et ne date pas d’hier, depuis quelques années nous observons une modification du comportement du public. Les musiques classiques et contemporaines sont victimes d’une désaffection de la part des nouvelles générations, seulement 1% des 15-35 ans les plaçant en tête de leurs préférences. Dans les Fnac, et notamment celle d’Annecy, les CD Classiques sont même remisés au petit coin et je ne parle pas des musiques contemporaines carrément absentes.
L’air du temps présent, la situation se dégrade.
D’après une étude récente du ministère de la culture (1), la proportion de Français ayant assisté à un concert de
classique au cours de l’année écoulée est passée de 8 à 6 % entre 1997 et 2008.
Les amateurs de Hip Hop viendront écouter de la musique contemporaine au Bruit de la neige quand ils auront 40 ans disions nous au moment de commencer ce festival. On sait aujourd’hui qu’il n’en est rien. Les goûts des nouvelles générations changent et se perpétuent quand ses membres vieillissent. Qu’en serat-il de cette préférence pour la musique anglosaxonne ? 44 % des 15-19 ans optent pour la musique d’outre - Manche ou d’outre – Atlantique. Il y a là une des « expressions des profondes mutations générationnelles aujourd’hui à l’oeuvre, estime Olivier Donnat. Les jeunes voyagent, n’hésitent pas à étudier à l’étranger, ils grandissent dans un univers culturel largement globalisé, où l’anglais règne en maître… ».
La musique est désormais partout (dans les commerces, les ascenseurs, les téléphones portables, sur les plages, les pistes de ski…) et « une bonne partie de l'humanité en écoute plusieurs heures par jour », constate Nicolas Donin, en déplorant au passage « la passivité des auditeurs et la standardisation du langage musical qui en résultent » et en s'employant à concevoir des « guides d'écoute » chargés de faciliter l'accès aux oeuvres contemporaines.
Au fait, qui écoute quoi ? Le moins que l'on puisse dire, c'est que la montée en puissance des genres populaires (pop, rock…) a marqué les quarante dernières années et que le lien naguère rigide entre genres musicaux et milieux sociaux s'est considérablement distendu. « Concernant le rock, par exemple, on ne constate en 2003 aucun écart statistique entre le “taux de préférence” des cadres et le taux des ouvriers », analysent, statistiques à l'appui, Hervé Glevarec et Michel Pinet, tous deux en poste au Centre lillois d'études et de recherches sociologiques et économiques (Clerse)2. « Les goûts populaires sont donc aussi, dorénavant, ceux des catégories sociales dominantes. Les individus, surtout les plus jeunes, ne manifestent pas – ou plus – de hiérarchie entre les genres musicaux mais, à l'intérieur d'un genre, entre les artistes. »
Le programme de la 12ème édition sera une donc excellente occasion pour continuer à écouter une musique contemporaine de création, inventive à travers les oeuvres musicales ou vidéo de Victor Nubla, Jérôme
Demaison, du Syndicat, de Felipe Caramelos, des membres de l’inventaire (association des compositeurs de
musique électroacoustique de Rhône Alpes), et les actions pédagogiques vers les jeunes de l’excellente association annécienne Foulbazarts…
Nous travaillerons cette année avec le Brise Glace mais aussi avec la MJC Novel, La Soierie et l’école de
Musique de Faverges, la fondation Luigi-Russolo (Italie) et le Festival du cinéma Hispanique dont nous ferons
l’ouverture avec le groupe Aixonoespanic de Barcelone. L’évènement du Festival sera la reprise en France du
concours international « Luigi Russolo – Rossana Maggia » pour jeunes compositeurs de – de 35 ans.
(2) La musique, pourquoi elle rythme nos vies ? - Dossier réalisé par le journal du CNRS
(3) Metronimo - Dictionnaire pratique et historique de la musique (1926) avec définitions actualisées